Après votre période roman policier vous publiez ici votre troisième récit romanesque. Qu’est-ce qui a provoqué ce changement littéraire ?
Le fait d’avoir abandonné l’intrigue policière vient de la structure de ce genre de récit. De devoir coller à un canevas précis. Le roman ne tournant pas obligatoirement autour d’une intrigue permet une liberté à laquelle je suis désormais attaché. Une liberté de digression où la logique et les explications ne sont pas nécessaires. Une plus grande liberté aussi pour le lecteur qui peut interpréter à sa guise les non-dits et lire entre les lignes.
Celui-ci semble structuré comme une pièce de théâtre ?
De fait : unité de temps, de lieux et d’action – trois couples durant trois jours en Toscane. C’est aussi la première fois qu’il n’y a pas de personnage principal entouré de satellites. Trois femmes et trois hommes à parts égales, je n’avais pas encore tenté l’expérience.
Surtout trois femmes…
(Rires) Certes, certes, certes… Ce n’est pas que ce soit plus compliqué de se mettre dans la tête d’une femme, c’est différent. C’est une des raisons qui fait que l’écriture de ce roman a été plus longue que pour les précédents.
Vous indiquez toujours des références musicales à la fin de vos romans : Pink Floyd, McCartney, Clapton, etc.
Une sorte de bande son originale, c’est exact. C’est mon côté « enfant du cinéma ».
De même, dès que j’entame l’écriture, j’ai un casting très détaillé de mes personnages. Toujours le cinoche… Pour en revenir à la musique, il est vrai aussi que j’aime écrire en musique, cela me soutient, ouvre parfois des portes dans mon imaginaire. Et puis, j’écoute surtout du rock anglais (déformation professionnelle…), donc je ne risque pas d’être perturbé par les paroles dans la mesure où je n’y fais pas attention. Moi qui adore Brassens, il m’est impossible d’écrire en l’écoutant.
Dans tous vos livres, l’un de vos personnages est un mec un peu sombre, voir pessimiste, pourquoi ?
Mes personnages sont souvent des pessimistes pratiquant l’humour du désespoir. Pourquoi ? Généralement ce sont des êtres très timides, des inquiets face aux questions sans réponses, et qui se défendent avec cet humour réflexe qui consiste à penser que : venu de rien et y retournant, ils n’ont pas grand chose à perdre. Cette timidité et cette incompréhension apparaissent le plus souvent dans leur rapport aux femmes, mais ne sont pas emprunts de misogynie. Ils ont plutôt tendance à retourner ce complexe d’infériorité contre eux. Mais, de façon plus générale, hommes et femmes, dans mes récits, sont à la fois très indépendants de caractère, mais aussi « borderline », ce qui implique qu’ils rejettent le politiquement correct et la pensée unique, quitte à apparaître comme des personnalités éclatées ou dispersées.
« Dommages partagés » est un constat ?
On peut le dire. Une photographie d’une époque aussi. Vous savez, dans la vie de tous les jours, je déteste les donneurs de leçons et les moralisateurs. Donc, pour moi, raconter une histoire n’est jamais me poser en juge, mais seulement en témoin.
Pourquoi partez-vous vous isoler pour écrire ?
Dans mon cas, afin d’avoir une vue globale sur le récit. Il est important de pouvoir me plonger du matin au soir dans ce récit. Qu’il y ait un minimum d’interférences avec mon quotidien. Je recherche donc le calme et la disponibilité. Quand je m’isole ainsi 8 jours, je passe les deux premiers à relire ce que j’ai déjà écrit et à prendre des notes ou envisager des situations ultérieures.
Enfin, pourquoi aller en Normandie ?
Pour ce qui est d’aller en Normandie je dirais que le décor à son charme, mais, en général, je suis surtout très sensible au coté vivifiant des bords de mer. La Haute-Normandie ayant gardé un côté sauvage et pas trop touristique me convient donc.
Cela étant dit, l’idée de ce récit m’est venue alors que je passais quelques jours de vacances à Volterra en Toscane, et j’y suis retourné une deuxième fois à mi-récit. La Normandie n’est pas le seul endroit au monde qui me parle… La preuve ! |